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Volume 3 : Chapitre 5 - Sentiments Entrelacés

  Cerena fut portée jusqu'aux appartements de l'Empereur. Le propriétaire des lieux la déposa délicatement sur son lit et fit appeler un guérisseur qui prit en charge sa blessure, heureusement sans gravité.

  Observant à distance, l'Empereur resta silencieux, pensif. à la fois perturbée par les événements précédents et embarrassée par son regard insistant, Cerena ne parvint pas à entamer la conversation.

  Lorsque le guérisseur eut terminé, les deux hommes quittèrent la pièce sans ajouter un mot.

  Restée seule et épuisée, Cerena se pelotonna dans le lit et ferma les yeux, cherchant le sommeil. Mais les images qu'elle avait vues quelques instants plus t?t la hantaient, et son c?ur refusait de s'apaiser.

  Elle avait l'impression que depuis le jour où elle avait mis les pieds au palais pour la première fois, elle n'avait cessé d'être surveillée et jugée ; que chaque difficulté qu'elle avait vécue n'avait été qu'une épreuve de plus pour forger sa route. Elle avait longtemps eu la sensation de n'avoir été qu'un vulgaire outil pour endurcir Owen, puis un appat pour l'attirer à nouveau au palais. L'Empereur lui avait fait du mal, c'était un fait ; pourtant, elle commen?ait à croire que les choses étaient réellement différentes.

  C'était comme si, depuis son retour, il avait changé du tout au tout. L'absence d'Owen pouvait peut-être l'expliquer en partie, mais cela ne suffisait pas. Il ne lui avait plus fait le moindre mal, ni touchée sans son accord, ni même ne l'avait-il menacée ; il faisait même preuve de douceur à son égard. Et aujourd'hui, il avait tué pour elle.

  Elle ne savait rien de ses assaillants : leurs revendications, leurs objectifs. Quelque temps plus t?t, peut-être aurait-elle encore préféré partir avec eux plut?t que de rester plus longtemps au palais. Elle se sentait seule, souvent déstabilisée et pleine d'incertitudes.

  Mais le Capitaine avait risqué sa vie pour elle aujourd'hui, et elle avait craint qu'il lui arrive malheur. Ces gardes — qu'elle ne connaissait même pas — étaient morts sous ses yeux, froidement, uniquement dans le but de la protéger. Et ces hommes masqués, prêts à mettre leur vie en jeu pour la capturer.

  Elle avait le sentiment que le palais tout entier était une tempête au c?ur de laquelle elle se trouvait, qu'elle ne pouvait ni contr?ler, ni en comprendre l'origine. Et rien ne l'avait jamais autant ébranlée.

  Lorsqu'elle fermait les yeux, elle revoyait le sang et les corps sans vie, et le regard terrifiant de l'Empereur. Elle entendait les bruits des affrontements, des chocs des armes, et les rales des hommes tombant au combat.

  Elle ne souffrait plus, mais une douleur la saisit dans la poitrine. Un frisson lui parcourut le corps. Elle sentit son c?ur se serrer à toutes ces pensées, et les heures passèrent sans qu'elle ne parvienne à trouver le sommeil.

  Elle se savait maintenant en sécurité. Pourtant, au fond d'elle… elle avait peur. Mais elle ignorait de quoi.

  ???

  Un moment qui lui parut être une éternité s'écoula. Les rayons du soleil, qui filtraient des fenêtres quelques heures plus t?t, laissaient désormais place aux ténèbres. Quelques chandeliers avaient été allumés.

  Cerena n'entendit pas la porte de la chambre s'ouvrir, mais elle vit de la lumière provenant du couloir éclairer le fond de la pièce. Le c?ur battant, elle craignit une nouvelle mauvaise rencontre. Serrant ses membres contre son corps, elle ferma les paupières de toutes ses forces, espérant faire partir l'intrus.

  Quelques instants plus tard, elle ne sentit plus aucun mouvement autour d'elle. Rouvrant les yeux avec prudence, elle sursauta en voyant soudain l'Empereur à quelques pas d'elle, les bras croisés, le regard planté dans le sien.

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  Elle se redressa brusquement, dans un mouvement de recul, s'asseyant au milieu du lit. Le souffle court, elle le regarda fixement un long moment, avant qu'il ne parle enfin.

  — Je ne voulais pas te déranger. Je m'en vais.

  Il s'apprêta à partir. Elle eut un sursaut, et soudain, elle comprit.

  — Non, attendez ! l'interpella Cerena. S'il vous pla?t…

  Il s'arrêta et lui jeta un regard. Toujours assise sur le lit, elle continua, la voix tremblante :

  — Je vous en prie… ne me laissez pas… restez…

  Elle avait compris ce qu'elle redoutait, en cet instant. Elle baissa les yeux.

  — Restez avec moi, s'il vous pla?t…

  Il resta immobile plusieurs secondes, puis il s'approcha et s'assit au bord du lit. Cerena vint se placer à c?té de lui.

  — Je ne veux plus… rester seule…

  Il la regardait toujours en silence. Elle soupira, posant sa main sur son c?ur, comme pour tenter de calmer son pouls et la douleur qui persistait dans sa poitrine.

  — Es-tu souffrante ? demanda-t-il.

  Elle secoua doucement la tête.

  — Je vais bien… mais… j'ai peur.

  — Tu n'as plus rien à craindre, désormais. Je peux te l'assurer.

  — Non, ce n'est pas ?a…

  Elle se tourna vers lui, inspira profondément, prit sa main et, en même temps qu'elle la posait sur son c?ur, déclara :

  — J'ai besoin de vous.

  Elle s'interrompit et réfléchit un instant. Elle ne pouvait plus reculer. Se mordant la lèvre, elle reprit :

  — Je vous donne mon accord.

  Son c?ur battait à tout rompre, la douleur se faisant plus intense que jamais ; elle eut du mal à respirer.

  Lentement, Cerena relacha sa main, que l'Empereur laissa glisser jusqu'à la joue de la jeune femme. Leurs visages se rapprochèrent, et il l'embrassa tendrement, sans détacher son regard d'elle.

  D'un geste si doux qu'elle ne lui connaissait pas, il la repoussa peu à peu en arrière, l'allongeant à c?té de lui.

  Le souffle court, Cerena laissa l'Empereur, qui la surplombait de sa hauteur, caresser lentement chaque parcelle de son corps, éveillant tour à tour chacun de ses sens.

  Un frisson la parcourut. Ce n'était pas sa première fois avec lui. Pourtant, c'était l'impression qu'elle avait. Elle n'avait jamais ressenti cela auparavant avec lui. Elle n'avait jamais ressenti rien d'autre que de la peur. Même lorsqu'ils avaient été aussi proches par le passé, ce n'était alors que des gestes mécaniques, réalisés par simple nécessité. Mais cette fois, c'était différent.

  Elle ressentait son souffle, sa chaleur sur sa peau, et les battements de son c?ur. Ses doigts n'étaient plus de ceux qui blessent, mais de ceux qui réconfortent. Elle n'avait plus peur de lui, mais de son absence. Elle ne craignait plus sa colère, seulement qu'il l'abandonne. Elle ne désirait plus qu'il s'en aille ; elle le désirait, lui.

  Leurs corps se rapprochèrent un peu plus à chaque instant, puis se rencontrèrent. La solitude qu'elle avait ressentie jusque-là disparut enfin, laissant place à un apaisement qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps. Elle avait maintenant la certitude qu'il ne l'abandonnerait pas.

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